Rey Cabrera

Il connaît tous les standards cubains.

Nous rencontrons Rey Cabrera et sa femme Lydia quelques jours avant la sortie de son nouveau CD, Color Cuba. Quand nous lui demandons de se présenter, Ray s’installe dans son fauteuil, un peu comme un patriarche bienveillant.

Rey Cabrera. J’ai grandi dans une famille de musiciens. De mon père, j’ai hérité l’amour de la « musica campesina » (musique populaire, ndlr). Je connais toutes les chansons traditionnelles cubaines. Dans le temps, nous apprenions aussi par cœur des poèmes de José Marti et Nicolás Guillén (deux grands poètes cubains, ndlr). Aujourd’hui, les jeunes de Cuba n’écoutent plus que du reggae. C’est très dommage. L’an dernier, quand nous étions à Cuba, le groupe cubain Los Van Van jouait à Santiago. C’est le groupe numéro un de la salsa. Les jeunes disent que c’est la musique des vieux et ne vont pas à ses concerts.

Le succès de Buena Vista Social Club a-t-il eu un effet à Cuba ?

Rey Cabrera. La musique de Son (genre musical cubain, ndlr) avait presque disparu. Les musiciens de Buena Vista Social Club étaient tous retraités. Heureusement que cette musique a été ressortie des tiroirs. Le Son est ma musique favorite. C’est pourquoi je joue nombre d’autres morceaux de Buena Vista Social Club et j’ai également joué avec pas mal de gens qui y ont collaboré. Mais les jeunes musiciens ne jouent plus cette musique que pour attirer les touristes. À Cuba, il y a bien les Casas de la Trova. Dans le temps, c’étaient là que se réunissaient les chanteurs à textes. Ils y apportaient leur instrument, buvaient du rhum et se mettaient à jouer ensemble. Aujourd’hui, cela se fait encore, mais beaucoup moins, et seulement pour les touristes. Les groupes de Son cubains sont toutefois très demandés dans les festivals de jazz du monde entier. C’est ainsi qu’en 2000, j’ai pu faire ma première tournée internationale, avec Maria Ochoa y Corazón de Son.

A quoi les gens peuvent-ils s’attendre, le 1er mai ?

Rey Cabrera. En premier lieu, aux chansons de mon nouveau CD, Color Cuba, dont un certain nombre sont signées par Compay Segundo. Il y en a aussi une de moi, Canto à Bruselas, une ode à Bruxelles. Je suis sûr que les gens qui aiment la musique de Buena Vista Social Club ne resteront pas collés à leur chaise. Bien sûr, on n’oubliera pas Commandante Che Guevara. Sur le CD, nous en jouons une version particulière.

Rey Cabrera, l’amour et la Belgique

Qu’est-ce qui a fait débarquer dans la froide et pluvieuse Belgique un grand musicien cubain qui se sent heureux à Cuba parmi son peuple, sa musique et ses traditions ? Une seule raison qui vaille : l’amour !

Rey Cabrera. « En 2002, j’étais en tournée internationale avec le groupe de Maria Ochoa (la soeur d’Eliades Ochoa du Buena Vista Social Club, l’une des meilleures chanteuses de Cuba, ndlr). Nous avons séjourné deux mois à Bruxelles et jouions à L’Archiduc. Dès le premier passage, mes yeux ont été attirés par une femme. La fois suivante, elle était encore là et elle est revenue chaque fois. Nous nous demandions pour qui elle venait. J’ai fait connaissance de Lydia, suis allé chez elle et la flamme a été là tout de suite. En 2003, nous nous sommes mariés à Santiago de Cuba. »

Lydia. « Quand Rey est venu habiter à Bruxelles, nous sommes retournés à L’Archiduc, où j’avais fait sa connaissance. C’est là que Rey a commencé à jouer. Ensuite, il y a eu le café El Metteko et Rey a également pu jouer dans le restaurant BlaBla. Progressivement, il est parvenu à réunir autour de lui nombre de musiciens et maintenant, voilà deux ans que Rey joue avec le même groupe : cinq Cubains et un Rom. Depuis, les choses ont été très vite. Rey a pu jouer à Couleur Café, aux Fêtes de Gand, aux concerts 0110 et maintenant, il sort son premier CD. C’est fantastique ! »

Enfant, Rey Cabrera a travaillé à la campagne.

Ce n’est qu’après la révolution de 1959 qu’il a pu aller à l’école.

(Photo Solidaire, Vinciane Convens)

Il a joué pour Salvador Allende et Fidel Castro.

De paysan à musicien professionnel

Rey Cabrera a grandi dans les montagnes qui entourent Santiago de Cuba dans le sud du pays. Tout gosse, il a travaillé à la campagne. Ce n’est qu’après la révolution de 1959 qu’il a pu aller à l’école. Il a opté pour l’Académie musicale, mais le climat scolaire n’était pas tellement fait pour lui plaire. Il a donc été renvoyé plusieurs fois et a dû faire ensuite une sorte de service civil. Rey était un vrai talent naturel et, jusqu’à ce jour, il joue entièrement à l’oreille. Il a accompli son service militaire non loin de la baie des Cochons à l’époque même où, en 1961, une armée d’exilés proaméricains, soutenue par la CIA, y faisait une tentative d’invasion, qui devait d’ailleurs avorter. L’unité de Rey a même abattu un avion ennemi. Aujourd’hui, Rey en parle toujours avec fierté.

Finalement, en 1968, il reçoit son diplôme et il peut se lancer comme musicien professionnel. À Cuba, un musicien professionnel est payé par l’État et fait donc un certain nombre de spectacles tous les mois. De 1968 à 1980, Rey travaille avec son groupe Trinchera Agraria dans un programme de radio très populaire, Se Me Case. Jouent également dans ce groupe, entre autres, Eliades Ochoa (Buena Vista Social Club), Maria Ochoa et Benito Suarez, le guitariste attitré de Compay Segundo (Buena Vista Social Club).

Les samedis, il travaille dans l’émission de TV Rumores de la Campiña. Durant la journée, il continue à travailler à la campagne.

Quand des visiteurs importants viennent à Santiago de Cuba, Rey joue pour eux. Il joue ainsi pour Fidel et pour Salvador Allende, le président socialiste du Chili assassiné en 1973. Détail piquant : dans sa suite figure également un certain général… Pinochet, le futur dictateur. Plus tard, Rey jouera également pour Brejnev et Gorbatchev.

Rey joue surtout le fameux tres cubain (instrument de musique à corde, ndlr), mais le luth fait également partie de ses instruments favoris. Maintenant qu’il vit en Belgique, il occupe davantage le devant de la scène et nous pouvons également profiter de sa voix magnifique.